nox a écrit : jeu. 12 mars, 2026 12:49
On ne parle pas ici d'un travail précis au quotidien. Le piano nest pas qu'une somme de gestes à reproduire.
Si, être un bon interprète, c'est une spécialité, même si elle ne comporte pas que "des gestes à reproduire". Moins complexe mais plus simple à appréhender: beaucoup de chanteurs sont assez boiteux en solfège, ce qui ne les empêche pas d'émouvoir les gens.
Toute cette vision mène à la conclusion que le solfège est inutile,
C'est ton raccourci en forme de pirouette. Je ne pense pas qu'un seul de tes contradicteurs le pense (certainement pas moi), mais chacun a son idée sur le niveau et la méthode d'enseignement.
Je ne serai jamais d'accord avec ce point de vue, et je ne connais pas de meilleur pianiste que moi qui soit moins cultivé/sachant en matière de musique.
Je reste donc sur ma conviction.
Et moi, je suis persuadé que les contre-exemples, il y en a à foison, à condition d'évaluer le niveau de X ou Y, ce que je ne me risquerai pas à faire, je laisse ça à plus calé que moi. A contrario, je suis certain qu'il existe de nombreux amateurs sur ce forum (que tu connais d'ailleurs) qui ont une culture musicale beaucoup plus vaste que des interprètes mille fois meilleurs qu'eux.
Il y a pour moi une confusion forte entre jouer et interpréter.
Prenons un exemple concret, même si un peu capillotracté : vous devez travailler un petit menuet de Bach.
Vous passez quelques jours à le travailler, jusqu'à être capable de le jouer au tempo avec les notes et le rythme. Bien.
Ensuite avec votre professeur, vous ramenez le morceau à une suite d'accords. Vous en faites une grille harmonique. Ca vous permet de prendre du recul, de vraiment dégager la structure, la progression. En jouant, vous avez dorénavant le plan du morceau dans la tête, vous comprenez comment il est construit. Ca vous permet de moins penser note à note ou mesure par mesure. Vous le voyez comme un tout cohérent. Ca va mieux !
Ensuite vous vous intéressez à ce qu'est un menuet, la danse, les 3 temps. Vous vous mettez à écouter beaucoup d'oeuvres de Bach. Vous découvrez l'importance de l'articulation, le fait qu'il n'y a pas que lié ou détaché, il y a tout un monde subtil entre les deux. Qu'il faut accentuer le premier temps (mais pas trop), qu'il ne faut pas articuler la basse de la même manière que le chant, qu'il faut peut être les penser comme deux instruments distincts. Vous voyez comment Bach conduit et pense sa basse vraiment comme une voix à part entière. Vous accordez une nouvelle importance à votre main gauche, et apprenez à l'écoute à bien la dissocier de la main droite. Vous amenez de la variété à votre toucher.
Et on peut continuer encore...
Si vous devez faire ça à l'échelle de chaque morceau, ça demande des heures de travail. Que vous pouvez faire avec votre professeur de piano si vous voulez. Mais in fine, vous aurez fait de l'analyse harmonique, de l'histoire de la musique, de l'écoute...
Et si vous aviez eu toutes ces connaissances avant de démarrer le travail du menuet ? Que de temps gagné !
Alors oui sur un petit menuet de Bach, c'est un peu exagéré. Mais sur une sonate de Beethoven ou une ballade de Chopin, ça ne l'est pas de tout.
Et si maintenant vous prenez le résultat de tout ce travail, que vous le transformez en indications (beaucoup d'indications !) sur la partition, pour ne garder que la conclusion de tout ça, et que vous donnez ça à quelqu'un en disant "tiens, joue le comme ça", je suis persuadé que le résultat sera moins bon, moins naturel. Parce que le processus d'apprentissage n'aura pas été le même. Et surtout, au prochain morceau de Bach, il faudra tout recommencer, alors que votre bagage à vous est réutilisable.
Modifié en dernier par nox le jeu. 12 mars, 2026 13:24, modifié 1 fois.
Midas a écrit : jeu. 12 mars, 2026 13:00
beaucoup de chanteurs sont assez boiteux en solfège, ce qui ne les empêche pas d'émouvoir les gens.
Si on reste dans le domaine de la musique classique, je n'en vois pas.
Midas a écrit : jeu. 12 mars, 2026 13:00
C'est ton raccourci en forme de pirouette. Je ne pense pas qu'un seul de tes contradicteurs le pense (certainement pas moi), mais chacun a son idée sur le niveau et la méthode d'enseignement.
Alors soit c'est moi qui ne comprends plus la discussion, soit c'est toi. Pour moi le débat initial part bien de : lire les notes et le rythme c'est suffisant, le reste est superflu.
Midas a écrit : jeu. 12 mars, 2026 13:00
Et moi, je suis persuadé que les contre-exemples, il y en a à foison
J'entends ta conviction, mais j'attends qu'on m'en soumette un, donc...
Midas a écrit : jeu. 12 mars, 2026 13:00
A contrario, je suis certain qu'il existe de nombreux amateurs sur ce forum (que tu connais d'ailleurs) qui ont une culture musicale beaucoup plus vaste que des interprètes mille fois meilleurs qu'eux.
Bien sûr, mais ça ne prouve rien dans ce sens là. Le "savoir musical" du solfège est une condition nécessaire mais évidemment pas suffisante pour faire un bon pianiste.
Modifié en dernier par nox le jeu. 12 mars, 2026 13:19, modifié 1 fois.
Midas a écrit : jeu. 12 mars, 2026 13:00
C'est ton raccourci en forme de pirouette. Je ne pense pas qu'un seul de tes contradicteurs le pense (certainement pas moi), mais chacun a son idée sur le niveau et la méthode d'enseignement.
Alors soit c'est moi qui ne comprends plus la discussion, soit c'est toi. Pour moi le débat initial part bien de : lire les notes et le rythme c'est suffisant, le reste est superflu.
Je ne crois pas. Sauf mauvaise synthèse de ma part des nombreuses digressions de ce fil, je pense que le sujet de départ était en substance: "est-il nécessaire de dégoûter les enfants avec un enseignement aussi rigide en conservatoire", avec le solfège en ligne de mire -tout le monde a râlé à un moment ou à un autre contre le solfège, moi le premier, et je regrette de ne pas avoir eu l'envie d'adopter une attitude différente autrefois, mais c'est ainsi.
Bref, j'ai également un avis sur la question, qui rejoint plus ou moins le tien, un peu plus celui de Fritz et d'autres, mais tu es particulièrement catégorique de ton côté, et je crois que c'est pour ça que tu te retrouves "seul contre tous", c'est tout.
nox a écrit : jeu. 12 mars, 2026 11:56
J'ai la conviction exactement inverse
Il y a nombre de mélomanes qui n'ont aucune education musicale académique, la musique classique est encore largement utilisée en musique de film, en pub, ... Pas la peine de savoir lire une clé d'ut pour apprécier la musique, qu'elle soit classique, jazz, pop, ... Je m'arrête là aussi
@nox>> Si le sujet est relatif à l'utilité du solfège et des autres disciplines étudiées dans les conservatoires, je suis bien d'accord avec ton point de vue. D'ailleurs, et par définition, la musique classique est une musique écrite. Ne pas être capable de la lire la rendrait inaccessible.
Par contre, s'il peut être utile d'analyser (en profondeur) une oeuvre pour l'étudier, je ne suis pas convaincu qu'il s'agisse d'une nécessité pour l'interpréter. A partir de divers interviews (*), il apparaît que beaucoup de musiciens confirmés ont une approche simplement intuitive. (Mais il est possible qu'il s'agisse alors d'une “analyse“ implicite).
(*) Je n'ai pas le courage d'en faire le recensement ici.
l'écriture ne peut pas tout retranscrire non plus.
Je suis étonné que l'on puisse encore en 2026, sacraliser l'interprétation de la musique classique comme Bach alors qu'on va le jouer sur un instrument qui n'est pas d'époque et dans un autre tempérament. il est fort probable que l'on ne pourrait pas écouter l'instrument et le tempérament de l'époque.
tempérament qui par ailleurs est faux
Rejouer la musique écrite, ok, en particulier Bach, mais considérer que l'on ne peut pas être musicien quand on ne lit pas la musique
Grand Dieu, on est d'accord sur rien
Je ne fais pas du tout partie des ayatollahs de Bach au clavecin/tempérament d'époque, ni même du Bach sans pédale.
Et sur la nécessité de lire la musique pour être musicien classique, oui je reste inébranlable. Qu'on discute du fait de pouvoir jouer sans connaître l'harmonie et l'histoire de la musique je veux bien, mais sans même pouvoir lire les notes, là j'abandonne, ça sera sans moi