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Yaron Herman à la maison de la radio

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Le jeune homme à la démarche souple qui vient s’assoir directement au piano sans piper mot, entre tout entier dans la musique et nous entraîne dans son sillage s’appelle Yaron Herman, il est Israélien, il a 25 ans. Les auditeurs qui l’entendaient pour la première fois ce jeudi de décembre 2006 ont vécu une expérience assez extraordinaire pendant 75 minutes de lyrisme débordant, dans une immersion quasi-totale.

Comme d’autres pianistes de jazz, Yaron joue sans amplification, son jeu est ainsi dépourvu de l’artifice électronique surdimensionné décidément pénible que nous imposent nombre de duos et trios de jazz qui se produisent en salle. Le Studio 1 du Flagey se prête tellement bien à cette intimité naturelle, la salle est petite, le son réverbère déjà beaucoup – presque trop (le bois est omniprésent).

A l’écoute des harmoniques d’un piano dépouillé de ces oripeaux et, surtout, en découvrant la concentration très expressive (quelles mimiques !) d’un musicien qui ne cherche pas à séduire le public mais utilise manifestement la scène comme le théâtre de ses frasques musicales, il nous est venu à l’esprit qu’un trio avec contrebasse et percussion trouverait également son compte à nous proposer une formule acoustique que l’on n’entent que trop rarement, parfois aux Jazz Marathon du Printemps. Malgré les écarts dynamiques des trois instruments, une disposition idoine qui ne soit pas inutilement tournée vers le public mais concentrée sur elle-même permettrait d’établir un bel équilibre sonore sans sombrer dans la soupe électronique habituelle : sous les doigts de Yaron Herman, on a ainsi pu imaginer le piano en trait d’union d’une contrebasse placée en avant-scène et de percussions sises en arrière, les musiciens tournés sur eux-mêmes et engagés dans un dialogue approfondi.

Yaron Herman nous évoquait tout cela, tant son approche mêle pulsation rythmique et legato chantant, sans pourtant sacrifier à la lisibilité sonore de l’ensemble. Les couleurs de son piano sont multiples et le plaisir des oreilles total.

Aux standards de Thelonious Monk, de ‘Summertime’ et ‘Moon River’ mais également dans le sillage de Gabriel Fauré et Sting, il a ajouté des crus de son chai. On a immédiatement été séduit par un discours puissant et très musical, introduit d’accords parfois saisissants (dans Moon River, magnifique), empli d’une matière sonore conduite par une ligne mélodique très expressive (dans Monk, par exemple) et constitué d’effets sonores multiples qui ne sombrent jamais dans une répétition stérile. Le plus spectaculaire, il faut le concéder, fut d’assister à l’ivresse du pianiste qui le conduit à jouer debout pour donner plus de présence à son jeu, à sauter devant son clavier par souci d’expressivité corporelle, ou encore à passer du temps à taper dans l’âme de l’instrument pour produire des phrases entières à la John Cage, et pas seulement pour des effets sonores en forme de gadget.

En définitive, Yaron Herman fait montre d’une énergie stupéfiante qui s’appuie manifestement sur une concentration très intense, le son jaillissant du fond d’une extrême intériorité – presque comme une transe ; ce qui nous fait dire qu’il sait très bien où il va, même dans l’improvisation. Il vous invite dans un monde surgi d’une inspiration musicale sans relâche et vous livre alors des confidences débridées, mais sans impudeur ; très simplement, naturel. On en sort bouleversé.

Ajoutons que son disque solo « Variations », certes beau, nous a pourtant permis de mesurer un tel écart entre, d’un côté, un produit direct endiablé et, de l’autre, une reproduction trop contrôlée qu’il ne nous paraît pas rendre justice à l’émotion que suscite ce pianiste très prometteur. Nous ne saurions trop conseiller des enregistrements en ‘live’.

http://www.yaron-herman.com/