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Brad Mehldau Trio, BOZAR 27 février 2012

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Après s’être gentiment fait attendre, les musiciens surgissent sur scène avec calme et se lancent dans la matière avec ferveur en commençant par enchaîner trois adaptations, dont Paul Mc Cartney (Great Day) et Charlie Parker. Le rythme est haletant et bien chaloupé, avec beaucoup de place accordée au bassiste et, surtout, au percussionniste qui va dynamiser toute la soirée. L’ensemble est très (peut-être trop ?) bien huilé, peu de place est laissée à l’improvisation semble-t-il ; mais ce n’est que le début du concert, on dirait un tour de chauffe. Ce qui frappe surtout l’auditeur, c’est la timidité du piano, noyé dans le déluge de notes de ses comparses ou carrément absent. On en vient à se demander si le son (pourtant amplifié avec soin) n’est pas déséquilibré.

Mehldau se contente d’accompagner, avec une main gauche souvent peu développée qui serine la même ritournelle, en boucle. Dans ses essais d’intrusion en impro (3ème morceau), là où Grenadier montre déjà une splendide maîtrise technique, le pianiste cherche puis élabore un peu, en rythme décalé ; c’est pas mal, sans plus. Ballard se déchaîne souvent, mais c’est au contraire assez brutal et on a du mal à suivre.

Vient alors un très beau morceau qui démarre simplement par une intro piano rapide, suivi d’un legato à l'unisson. Le bassiste a pris l'archet, et la percussion s’est apaisée en bourdonnements néanmoins incessants : le piano va enfin prendre sa place dans le concert. Mehldau reste d’abord parcimonieux, puis s’entête et part en petites variations. Et arrive le clou du spectacle : un long solo de piano, partition sur pupitre, main droite en arpèges, main gauche agitée mais en pulsation bien rythmée, dans une splendide tension qui nous rappelle enfin que nous avons un excellent pianiste sur scène. Tout ceci reste très maitrisé, mais on respire, on apprécie !

Suit une ballade assez courte mais très chaleureuse, un blues lent et mélodieux comme une berceuse. On est alors dans le registre plus traditionnel du trio de jazz, les trois instruments se partagent la scène.

Sans interruption (le concert est tout entier dans un « set @ 90 minutes », dit le livret !), le trio repart dans une démonstration d’énergie où percussion et basse font tour à tour montre de leur talent, contrepointées par un piano trop sage, dans une pièce intitulée Venetian Act ( ?).

En finale, un nouveau blues, avec Mehldau devenu central, Grenadier et Ballard en continuo. Le pianiste nous gratifie d’un nouveau solo en vagues amples et lentes qui se poursuit en de longues variations graves mais un peu ennuyeuses (où est la fougue du début ?) ; et le morceau se dénoue dans un ensemble trop gentiment orchestré, mais peut-être le seul moment où Ballard se contente (bien !) de peu.

Pour boucler les 90 minutes, le trio revient pour 3 bis très installés, dont une jolie pièce en rythme ternaire et des références plus nettes aux standards de jazz. Sympa, mais on reste sur sa faim : dommage qu’il ait manqué à ce concert « la surprise et l’émerveillement suscités par une idée musicale spontanée, exprimée directement, en temps réel » que rappelait le livret à propos du talent d’improvisation de Brad Mehldau.

Cécil Ameil
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