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Yaron Herman de retour à Flagey le 13 décembre 2008

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Yaron Herman commence à se faire un sacré nom en compagnie de Gerald Cleever aux percussions et Matthew Brewer à la basse avec qui il tourne dans le monde entier depuis deux ans. On loue son talent, sa maîtrise technique et son originalité. Dans le cadre formel du trio classique de jazz, impossible en effet de rester indifférent au jeu dense et virtuose du pianiste. S’entourant d’interprètes manifestement très attentifs à leur harmonie d’ensemble (son prochain enregistrement fera d’ailleurs intervenir le quatuor classique Ebène), Herman est en quête d’une expressivité propre pleine d’allant, mêlant caresses et fougue, et dont le toucher au clavier se distingue par un effet de tintement, comme de multiples cloches. Un de ses maître classiques, on ne s’en étonnera pas, est le pianiste russe Grigory Sokolov dont il loue la dynamique et la matière sonore.

C’est pourtant la maîtrise de son discours musical qui nous a le plus convaincu : improvisations abouties, reposant sur des rythmes très nets et un sens du phrasé affirmé nous invitent a une écoute très attentive. « On ne peut s’arrêter au son produit par une note, elle meurt déjà quand on la joue, il faut être en permanence dans le mouvement suivant », nous disait le pianiste après le concert : voici qui traduit le sens de l’impulsion et de l’anticipation qui caractérisent son approche et font sans doute la différence avec d’autres interprètes au jeu plus statique.

Finalement, ce que l’on imaginait d’un trio complice qui prendrait corps autour de Yaron Herman, à l‘écoute de son concert solo de 2006, prend forme ici : Herman, Cleever et Brewer cherchent bien à traduire une symbiose musicale dans le mouvement singulier des frappes et des frottements. Les arrangements sont souvent personnels mais très construits, et sans démonstration de dextérité gratuite. Chaque morceau a une force expressive unique, l’ensemble se mouvant dans un enchaînement varié et dynamique fait tantôt de petites touches (installation de climat en début de concert, certains morceaux très mélodieux, des silences toujours bien installés), d’arrangements rythmiques décalés (le piano peut jouer sa propre partition en déphasage avec la basse et la batterie) ou bien à l’unisson et avec force (dans des effusions longues et concentrées), alternant toutes les combinaisons de duos et en jouant volontairement sur les résonances diverses des instruments : le pianiste peut passer du temps à gratter les cordes directement dans l’âme de son instrument, en tirant des sons de cithare ou de basse acoustique, mais toujours avec le souci de traduire pleinement ses intentions – bien qu’il se dise persuadé de devoir encore travailler beaucoup avant de pouvoir “jouer ce qu’il entend”. Les cymbales peuvent chanter avec une grande finesse et la batterie s’exprimer sans excès mais avec beaucoup de noblesse. La basse demeure puissante et empreinte d’intentions multiples qui jalonnent toujours le parcours de ses compères.

« Il n’y a pas de mystère, il faut beaucoup travailler et répéter » dit encore Yaron Herman. On ne peut que lui souhaiter de poursuivre son idéal sans relâche : communiquer tout le ressort et la plénitude de ses intentions, sans s’arrêter à produire un beau son.